Les Informations Vinicoles

Depuis plus de 40 ans, nous rédigeons à l'occasion de chaque récolte, une note d'information vinicole, une synthèse de nos impressions dans chaque région de France.

Information vinicole n°66

Millésime 2019 (et 2020)

Ce qu’il s’est passé en 2019 peut vous paraître déjà bien loin. De plus, une nouvelle récolte, 2020, a déjà vu le jour. S’il est encore fort tôt pour vous donner un avis précis de dégustation sur les vins de 2020, nous savons déjà beaucoup des conditions de récolte, et certains comparatifs entre les deux années nous semblent très intéressants. Ce que nous allons faire en guise d’introduction.

Phénomène similaire en 2019 et en 2020 : la chaleur estivale. On se souvient bien de cet été 2020, mais rappelons-nous en 2019 des deux pics de chaleurs extrêmes (fin juin et fin juillet), qui furent dévastateurs dans certaines zones. Les mots choisis pour nous relater cela étaient éloquents : « pointes caniculaires », « coup de feu », « brûlure estivale ». Dans le Languedoc, certaines vignes vont en mourir, grillées, « passées au lance-flammes ». Le fait est extrêmement rare. Heureusement limité. Mais partout, en 2019, la vigne souffre, peine, se bloque parfois. Et les réserves en eau sont faibles dans le sol. Trop peu ou pas de pluies durant l’hiver 2018-2019. La vigne finira son cycle fatiguée : à beaucoup d’endroits, la récolte achevée, les feuilles tombent. En 2020, il fait chaud, on va démarrer les vendanges très tôt, pratiquement partout durant le mois d’août. C’est un record, proche de 2003. Mais la vigne semble avoir moins souffert. La chaleur fut plus régulière. En cause aussi, de bonnes pluies hivernales, et par conséquent, une plante qui a mieux résisté et, signe de cela, des feuilles qui tomberont tard à l’automne.

Second fléau 2019 : le gel. En avril, par endroits, il va frapper. Parfois fort. Notamment dans le Gard, le Beaujolais, le Mâconnais, la Bourgogne et la Touraine (Loire) : les pertes de récolte atteindront là 50%. Le gel est un démon pour la vigne. Son alter ego est le mildiou. A croire qu’ils se sont attribué un tour de rôle. 2020 arrive, le gel s’abstient, et le mildiou entre en scène, comme en 2018. Il sévira, surtout à Bordeaux, et dans le Languedoc-Roussillon.

Que retenir, dans les grandes lignes, de ces deux millésimes?

Pour les deux années, que ce sont des millésimes solaires, qui ont donné des raisins au faible rendement de jus. Du point de vue qualitatif, c’est généralement positif. Mais les vins, au vu des circonstances très particulières, souvent éparses, connaitront des fortunes diverses.

Pour 2019, que c’est une année hétérogène tant en volume qu’en qualité (bien plus que 2018 par exemple), avec de fortes disparités entre régions et même au sein de chaque région. Tantôt par les événements climatiques, tantôt par l’exposition des coteaux, ou des natures de sols. Au global, c’est une petite récolte, la seconde plus basse de la décennie. Nos principaux coups de cœur, nous les trouverons dans les vins de Loire blancs et rouges, les Crus du Rhône, surtout de la partie Nord, et en Alsace.

Pour 2020, nous nous détaillerons nos impressions de dégustation plus tard, mais la production est en volume presque normale. Comme on dit dans le métier, on a « presque fait le plein ». Il nous faudra répéter sur le millésime 2020 le minutieux travail de tri que nous avons effectué sur 2019.

Voici maintenant en détail, pour 2019, nos observations, région par région.

Beaujolais - Mâconnais

Le gel a fortement impacté le volume de récolte, en particulier le Mâconnais, il y a par exemple à Pouilly Fuissé et en Mâcon Villages une demi-récolte. Le sud du Beaujolais également. En qualité, les blancs sont très corrects, avec du fond, un bon équilibre. En rouge, le gamay semble avoir souffert des pointes caniculaires, avec un blocage du cycle végétatif, et les vins qui en résultent sont de qualité assez moyenne, à de rares exceptions.

Bourgogne

Il semblerait, exception faite de 2018, qu’un faible volume de récolte devienne une ritournelle en Bourgogne. 2016, 2017, 2019, 2020 avec des volumes nettement en dessous de la moyenne. En 2019, Le gel a touché les blancs de la Côte de Beaune, où la récolte est faible. En rouge, le déficit important de cette récolte vient plus de la sécheresse et de quelques brûlures. Les vins blancs sont de belle qualité, avec

plus d’acidité qu’en 2018. La qualité des rouges est plus hétérogène, avec de belles réussites.

Côtes du Rhône

Région qualitativement plus homogène. C’est bon à très bon. Il y a de la structure dans les rouges, ce qui leur donne un bon potentiel d’avenir, mais les rend, à ce stade, moins flatteurs. Les rouges de la partie nord sont excellents, ce qui confirme « la règle du 9 », à savoir que les millésimes en 9 sont grands, en référence aux années 1989, 1999, et 2009. Les blancs sont en général bons, parfois un peu mats au niveau aromatique, mais de jolie texture, avec du fond, ce qui se sent sur les vins un peu plus haut de gamme.

Languedoc Roussillon

Petite récolte, de par les « coups de feu » caniculaires, et le gel dans le Roussillon. Cela a donné des vins concentrés, très riches, avec un bémol, à savoir des degrés alcooliques parfois stratosphériques.

Val de Loire

Mention spéciale pour cette région en 2019. En Touraine, nous avons trouvé des rouges remarquables. Certes la récolte est petite (moins 50% sur Chinon et Bourgueil par exemple) comme relaté plus haut, mais les vins sont mûrs, structurés, colorés, avec du fond, du volume. Excellent potentiel. Dans le centre, les vins blancs de Pouilly Fumé et de Sancerre que nous avons pu choisir sont remarquables ! C’est une surprise de trouver aussi nettement le caractère minéral et « claquant » du Sauvignon dans une année aussi chaude, mais le mérite en revient sans doute aux vignerons qui auront vendangé à temps pour conserver suffisamment d’acidité dans les raisins.

Bordeaux

Peut-être la région pour laquelle il fut le plus difficile de nous faire une complète opinion de l’année, de par les  circonstances Covid qui ont perturbé nos possibilités de dégustation. C’est une petite récolte, de par la sécheresse, et un peu de coulure à la floraison. Impression générale positive, avec des vins colorés, concentrés, mais bémol vu la disparité des qualités : des vins moins réussis, secs, ou parfois légers, découlant de blocages du cycle végétatif.

Alsace

Excellente année. La qualité du millésime est homogène, avec de la race et de la complexité aromatique. Les vins d’Alsace aussi affectionnent les années en « 9 ».

Conclusion

Pour Grafé Lecocq, 2019 est un millésime de transition, avec des achats prudents. D’abord par la diversité des qualités, comme on vient de le détailler. D’autre part à cause de la crise Covid, qui a généré des incertitudes de marché, avec des tendances difficiles à prévoir et des effets retards potentiels sur les prix.

Nous sommes aujourd’hui confortés dans nos choix, avec le sentiment d’une part d’avoir sélectionné, de manière limitée, de très bons vins sur 2019, et d’autre part que le millésime 2020 nous offrira aussi d’excellents lots, dans un marché aux tendances plus claires.


Bernard Grafé